• Monologues Nana

    Monologues Nana

    Peut-être avez-vous déjà lu le manga Nana. Si tel est le cas, vous devez savoir que la plupart des chapitres se commence et se termine par un "monologue". En effet, le manga retrace une histoire du passé, et les monologues sont les pensées des personnes du présent.
    Bien qu'un peu triste et mélancolique, je trouve ces "pensées" extrèmement poétiques et elles me touchent beaucoup. C'est pourquoi j'ai décidé de les réunir dans cette rubrique.

    Attention, il y aura des spoils donc n'allez pas plus loin que le dernier tome que vous avez lu.

  • Le tome 1 est une sorte d'introduction et retrace le passé des deux Nana avant qu'elles ne partent à Tokyo.

    Passé de Nana Komatsu - Narrateur : Nana Komatsu

    Ma ville natale est une ville ni grande ni petite, entourée de montagnes. Ce n'est ni un village ni une métropole et elle n'a aucun intérêt touristique. Je suis la cadette d'une famille de trois enfants. Délaissée par des parents ni riches ni pauvres, j'ai grandi peu à peu et je vais bientôt quitter le lycée et cet état de banale lycéenne.
    C'était en 1999, quatre mois avant... Le mois de Juillet, mois n°7. Le Dieu de la terreur est descendu avec mon crâne pour cible. Je le savais pourtant... Cet amour était sans avenir. Mais c'était si soudain ! Et si brutal... C'était si stupide que je n'arrivais pas à pleurer...
    Quand j'y pense, ma vie de lycéenne... A commencé avec une histoire d'amour et s'est terminée avec une autre. Je n'exagère pas ! Je vous raconte... C'était au printemps, j'entrais en seconde dans ce lycée pour filles, où je me désespérais de ne pas faire de rencontres... J'ai eu le coup de foudre pour le professeur d'arts, M.Okamoto (25 ans). Je n'étais pas vraiment douée en arts plastiques... Mais avec ma nouvelle amie Jun, nous nous sommes inscrites à ses cours. Depuis, j'aime beaucoup dessiner. Mais au bout d'un an, avant que cela n'évolue, il est parti pour un autre lycée. Ma seconde rencontre n'a pas tardé. C'était un employé du nouveau vidéo club de mon quartier, le charmant M.Nakamura (23 ans). Pour le voir, je louais des vidéos tous les jours ! Depuis, j'adore le cinéma. Un jour, je lui ai parlé à coeur ouvert, mais il m'a rejeté.. Puis j'ai fait d'autres rencontre. Le sobre M.Kawasaki (35 ans), cuisinier. Mais c'était toujours peine perdu. L'agréable M.Yoshida (20 ans), livreur de pizza. En effet, je suis peut-être particulièrement sensible aux apparences. Malgré tout, je ne veux pas d'un homme beau mais sans coeur. La prochaine fois, je ne tomberais amoureuse qu'après avoir appris à le connaître. C'est ce que je m'étais juré. Au début de l'été de ma terminale... J'ai fini par le rencontrer. Takashi Asano (29 ans). En fait, c'était peut-être un faux nom. Il a peut-être menti sur son âge aussi. Mais j'ai eu le coup de foudre. Deux semaines durant... J'ai attendu, mais il n'est pas venu. C'est pourquoi... Ce soir-l・ en quittant le restaurant... Quand je me suis aperçue qu'il était venu m'attendre... J'éprouvais déjà pour lui... Un amour débordant. L'alliance qu'il portait à son annulaire... Je l'ai tout de suite remarquée... Mais j'ai décidé de ne pas m'en faire. Peut-être qu'à force de l'attendre... J'avais maintenant trop envie de lui. Mais je l'aimais de tout mon coeur... Et j'étais persuadée qu'il m'aimait aussi. À vrai dire... Je ne connaissais de lui que son numéro de portable. Je ne savais ni o・il vivait ni dans quelle entreprise il travaillait. D'après lui, c'était dans l'informatique... Mais il mentait peut-être. Nous ne nous voyions que deux ou trois fois par mois... Et à chaque fois, c'était la même chose : voiture puis love hôtel... Malgré ça, je croyais qu'il m'aimait... Comme j'étais naïve ! Si j'avais continué à le voir ainsi... Ma jeunesse se serait sans doute flétrie petit à petit... C'est bien que nous nous soyons séparés. Maintenant, je dois aller de l'avant ! Ce printemps, je commence les cours à l'école d'arts plastiques de ma ville natale avec ma meilleure amie, Jun. Cette école est mixe... Alors je croise les doigts pour faire une belle rencontre... Je vais faire de mon mieux ! Nana Komatsu, discours de fin d'année.
    C'était... Un homme dont je ne connaissais même pas le nom.
    C'est pire de ne pas oublier... C'est un abcès à percer, Jun... Plus le temps passe... Plus j'y repense... Et plus j'ai l'impression que ses moindres gestes étaient feints, et ça fait mal... Si je reste comme ça... Mon corps entier va pourrir !
    Il faut que je tombe amoureuse ! Je vais aimer et aimer encore... Et faire disparaître cette misérable part de moi même.
    C'est vrai... Tu as raison, Jun. Mais je me sens... Abandonnée... Encore plus qu'en ce jour de neige... Ah oui... Nous sommes en Juillet... La prédiction de Nostradamus... Voulait sans doute dire ça...
    Il faut que... Je rentre à l'hôtel... Je connais pas... Le chemin... Parce que j'étais toujours collée à Shôji. Je faisais pas attention... J'ai fait exprès de pas regarder où on allait. Finalement, je suis maintenant au fond du gouffre... Où je suis, là ? Ah, oui ! Je suis à Tokyo. Tokyo, c'est... La ville où vit cet homme. Mais quand même... Il m'a remarquée... Au milieur de cette foule !
    J'ai un sentiment étrange... J'étais censée le détester, mais là, pas moyen de le haïr. Je dois arrêter d'avoir des pensées négatives... Je l'aimais sincèrement. Et il l'a accepté quelque temps. C'est suffisant ! C'est déjà une chance ! J'ai pas à me sentir misérable !
    Au revoir... M.Asano... Je vous aimais... Sincèrement. Ca va mieux. Je ne pleurerai plus.
    En fait, je l'ai toujours aimé... Dès le premier regard... Il m'a plu. Mais j'étais encore sous le choc. J'exagère peut-être, mais j'étais vraiment blessée. Et j'ai toujours eu peur que mes plaies s'agrandissent. je voulais vivre un amour heureux mais j'étais incapable d'avoir confiance en un homme... Avec Shôji, c'est différent. Il est peut-être comme les autres, mais pour moi, il est différent. Avec toi, Shôji, je me sens toujours bien... Parce que tu appaises mon coeur... Maintenant, j'aimerais... Que tu me serres fort dans tes bras ! Vite ! Serre moi.. Dans tes bras !
    Ca le fait pas ! Si ça se trouve... C'est trop tard ! On peut plus sortir ensemble !
    Ca doit être trop tard... En plus, Shôji connait tous mes défauts. Et puis, on est dans la même chambre, et j'ai aucune appréhension... Je peux dormir à poings fermés.
    Je voulais vivre un amour heureux... Romantique et dramtique, comme au cinéma. L'été de mes 17 ans, je suis devenue femme. Et j'ai compris que les hommes n'étaient pas si doux que ça... Mais tout est relatif... Ce soir, dans la douce saveur du bonheur, je me sens fondre... La vie d'une femme, c'est précieux, hein, Jun ?
    Je m'appelle Nana Komatsu. J'ai maintenant 19 ans. J'ai un copain, mais il est loin de moi. Tu vas voir ce que tu vas voir, roi de démons !

    Passé de Nana Ôsaki - Narrateur : Nana Ôsaki

    Je ne connais pas ma ville natale. Je n'ai jamais vu le visage de mon père. Et celui de ma mère, je l'ai oublié. Je suis arrivée dans cette ville en bord de mer à l'âge de 4 ans. Et j'ai grandi sous les réprimandes de ma grand-mère, gérante d'un petit restaurant. Maintenant, je vis d'un petit boulot. Tout en entretenant un morceau de rêve...
    En cachant bien... Le rouge sous mon manteau... J'ai couru dans la tempête de neige.
    Mais l'homme qui est apparu sur scène... M'a complètement paralysée.
    Comment nommer le sentiment... Qui est né dans mon coeur, ce soir-là ? L'amour ? L'excitation ? Non... Pas ces mots aux consonances douces... Une envie proche de la jalousie... De l'impatience... Et du désir.
    Parfois encore, je me sens inquiète... J'ai l'impression... Que mon quotidien avec Ren n'est qu'un rêve. Car pour moi qui ai toujours vécu résignée, Ren est trop rayonnant. Je sens que j'aurais beau essayer, je n'arriverais jamais à l'atteindre.
    Le seconde fois que j'ai rencontré Ren... C'était un après-midi d'été... Où le vent marin colle à la peau...
    Depuis l'autre jour... L'attraction de Ren sur moi... Etait comme une marée montante. Elle envahissait mon coeur... Plus fort... Toujours plus fort. Mes sentiments vont devenir des paroles... Mais si j'ai décidé de chanter... Ce n'est pas pour Ren... C'est pour moi-même... Que je chante, depuis le début.
    Ren et moi nous sommes mis ensemble... Un an après notre première rencontre. C'était le soir de Noël. Nous étions encore tout excités par notre concert. Après avoir fêté ça, en rentrant... Sur une digue enneigée... Nous nous chamaillions gentiment.
    C'était si soudain... Que j'en ai oublié de fermer les yeux. J'ai pensé que je pouvais mourir... Parce que je le voulais... Je n'en pouvais plus tellement je le voulais. Depuis le premier jour.
    J'ai tout de suite emménagé chez lui. Ren m'a apporter... La joie de chanter. Il m'a appris à jouer de la guitare. Il m'a redonné espoir en la vie... Mais moi, qu'est-ce que j'ai bien pu... Apporter à Ren ? Laisser tomber la chanson... Et partir à Tokyo avec lui... Lui faire au moins la cuisine et le ménage tous les jours... Avoir des enfants de lui... C'est peut-être ce que je devrais faire ? Rien que ça, ce serait déjà un bonheur amplement suffisant... Pour nous qui n'avons pas de famille... créer un foyer apaisant... Devrait être plus important... Que de réaliser un rêve...
    Après un an et trois mois de vie commune... Au début d'un printemps encore enneigé... Notre histoire a pris fin.
    Nous ne nous sommes pas dit adieu... Mais nous savions que vivre séparément serait fatal à note couple. Les appels téléphoniques et les lettres sont sans valeur. Si nous ne pouvons pas nous serrer l'un contre l'autre... Ca n'a aucun sens... Parce que chaque nuit... Je le sentais... Venir en moi... Je le sentais plus que quiconque.
    Parfois encore, j'ai des regrets. Ma vie quotidienne sans Ren... Semble faire partie d'un rêve. Surtout les nuits où la neige n'arrête pas de tomber. Les nuits froides comme ça... Il y a sans doute quelqu'un qui le réchauffe.
    Un an et neuf mois depuis notre spéaration. Un second printemps arrive... Pour mes vingt ans, en Mars... Je vais m'offrir un cadeau, car j'ai fait des efforts... Un aller simple pour Tokyo. Pour tout bagage... Une guitare, des clopes, et c'est parti.


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  • Chapitre 1 - Narrateur : Nana Komatsu

    Dis, Nana. Tu te souviens de notre rencontre ? Moi je suis plutôt du genre. À croire à ce que l'on appelle le destin. Alors pour moi, c'est un effet du destin. Tu peux en rire.
    Quand j'y pense, c'était quasiment une fugue. Mais il paraît que ça n'a pas trop étonné mes pârents. À la maison, il y avait aussi mes deux soeurs, une de deux ans de plus que moi, l'autre de deux ans de moins, et nous étions une famille bien bruyante. De plus, à cette époque, jour et nuit, je répétais sans cesse "je veux aller à Tokyo", "je veux vire à Tokyo, alors... Peut-être mes parents ont-ils été soulagés de voir l'une de leurs bavardes de fillers quitter le foyer. La tristesse qu'on éprouve en quittant sa famille... Le sentiment d'abandonner la ville où l'on a vécu durant vingt ans... À l'époque, tout cela ne m'a même pas éffleurée. J'étais tellement contente de pouvoir partir à Tokyo. Mon esprit débordais d'espoir et d'attentes.
    Tu te souviens de notre rencontre ? Dehors, une tempête de neige... Alternativement, le train roulait puis s'arrêtait. Et finalement, le trajet a duré cinq heures. Pourtant, je ne me suis pas ennuiyée une minute. Toutefois, je ne faisais que parler de moi. Et je ne t'ai rien laissé me dire sur toi, Nana. Mais ces choses personelles, je pense que tu aurais tout fait pour ne pas en parler.
    Cet immeuble qui avait été construit bien avant ma naissance. Etait, dions "haut en couleurs"... D'une architecture plutôt occidentale, il m'a tout de suite plu. Son seul défaut : 7e étage sans ascenseur. Ayant grandi à la campagne. J'ai ressenti un grand attrait. Pour ce coin de verdure, au bord d'un fleuve.
    Dis Nana, on a souvent regardé la lumière scintiller sur le fleuve, assises toutes les deux sur la rive... La mélodie que tu fredonnais alors. Chante-la moi encore.

    Chapitre 2 - Narrateur : Nana Komatsu

    Même moi qui suis très rêveuse. Je n'avais pas imaginé pouvoir. Rencontrer de nouveau cette fille. Dont je ne connaissais que le prénom.
    Bizarrement, à ce moment, j'étais sur le point de pleurer. Je ne saurais pas bien dire pourquoi. La main que tu m'as tendue, Nana, était extraordinairement chaleureuse. Et cette chaleur m'est allée droit au coeur.
    C'est ainsi que ma vie avec Nana... A pu commencer sans problème (à mon sens).
    À cette époque, je venais d'arriver à Tokyo... J'avais des tonnes d'inquiétudes comme : est-ce que j'arriverai à avoir une vie active... Est-ce que je resterai toujours avec Shôji... Mais quand j'ai commencé à vivre avec toi, Nana, je n'avais ni question ni inquiétude, tu sais. Toutefois, je ne saurais... ...Toujours pas bien dire pourquoi.

    Chapitre 3 - Narrateur : Nana Komatsu

     Vivienne Westwood. Les Sex Pistols. Les Seven Stars. Le café avec du lait. Les gâteaux aux fraises. Ainsi que les fleurs de lotus. Les choses que tu aimes ne changent pas, Nana. Et tout ça me semblait très classe à moi qui suis influencée par les goûts des autres.
    Cet avocat à tête rasée que Nana appelait yasu... J'étais persuadée que c'était son petit copain ou un quelque chose du genre. Nana m'a mis les points sur les "i".
    J'ai monté les sept étages d'une traite et quand j'ai ouvert la porte... Alors que le lit, le matelas... Tout était là. Nana dormait enroulée dans une couverture, à côté du poêle.
    Dis, Nana. Tu es comme un chat sauvage qui n'en fait qu'à sa tête, tu es très fière et libre, mais... Tu portais une blessure incurable, moi qui suis candide, j'admirais aussi cet aspect de ta personnalité. Sans savoir combien tu souffrais.

    Chapitre 4 - Narrateur : Nana Komatsu

    Sur le bras de Nana, le tatouage d'une fleur de Ren rouge. Evidemment, à l'époque, je ne pouvais pas en comprendre la signification.
    Ce qui s'est passé cette nuit... Même maintenant, je ne peux vraiment pas l'oublier. Sur ce morceau sans paroles, Nana a chanté en une sorte d'anglais revisité. C'était comme si l'on me jetait un sort étrange. J'étais hypnotisée par cette voix.
    Notre table pour scène. Un portable pour micro. Un croissant de lune pour éclairage. Il n'y a que toi au monde, Nana, qui puisse utiliser une telle magie. J'en suis encore persuadée.


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  • Chapitre 5 - Narrateur : Nana Komatsu

    Ce jour-là, j'ai eu droit à un concert détonnant jusque tard dans la nuit. Les habitants de l'immeuble sont venus se plaindre. Vous imaginez bien...
    À présent, je peux en parler en toute honnêteté, je pense que mon admration pour toi, Nana. Etait un sentiment assez proche de l'amour. Dans cette réalité où bien que ne parvenant pas à devenir adulte. Je ne pouvais pas passer mon temps à me faire chouchouter. Nana, tu m'as montré les rêves les plus doux. C'était comme un premier amour heureux.

    Chapitre 6 - Narrateur : Nana Komatsu

    Au bout d'un mois à Tokyo. Mon destin était au zénith, mais... Tout allait s'effondrer.
    Me retrouvant ainsi sans emploi. Je me suis sérieusement demandé. Si je n'allais pas finit par mourir ababonnée, mais...
    Dis, Nana... Tu penses encore... Que tu n'as pas de point d'attache ? Cette table et ces chaises. Elles sont encore là-bas telles quelles.

    Chapitre 7 - Narrateur : Nana Komatsu

    Une petite disgression (quoique sincère). Depuis ma tendre enfance, quoi qu'on m'en dise, mon rêve était de devenir "une adorable mariée". À vrai dire, je n'aspirais à rien d'autre.
    Si tu avais été un homme, Nana, nous aurions pu vivre un amour parfait. C'est ce que je me disais souvent, à l'époque. Mais dans ce cas, nous n'aurions sans doute pas eu que de bons souvenirs. Parce que la douleur va de pair avec l'amour. Parce que l'amour est un sentiment pénible au point de vouloir se noyer.

    Chapitre 8 - Narrateur : Nana Komatsu

    La première raison pour laquelle j'ai choisi ce métier. C'est que contrairement aux métiers de la vente, les week-ends sont férieés. Donc je me suis dit que je pourrais passer plus de temps avec Shôji, que je ne peux pas voir en semaine à cause de ses cours et de son job.
    La maison d'édition dans laquelle j'avais commencé à travailler était située au rez-de-chaussée d'un immeuble du centre-ville. C'était une petite entreprise qui publiait un magazine pour les jeunes de 20 à 30 ans. Etant du même âge que les lecteurs, je m'étais dit que ce serait sans doute un lieu de travail qui me correspndrait parfaitement. Mais voici en quoi consistait mon travail. Faire le ménage. Servir le thé. Faire des photocopies. Récupérer des manuscrits. Et pleins d'autres chaises sans aucun rapport avec le contenu des magazines. Que des petites tâhes sans grand intêret.
    Cette nuit-là. Si tu n'avais pas été avec moi, Nana. Je pense que je me serais jetée à l'eau et serais actuellement au fond du fleuve Tama. Je le pense sincèrement.


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  • Chapitre 9 - Narrateur : Nana Komatsu

    Je  n'ai rien pu dire de plus. J'ai longuement écouté la mélodie incohérente que fredonnait doucement Nana. Son regard est pur. J'ai eu le sentiment que les paysages de neige immaculée lui allaient... Bien mieux que cette ville, d'où l'on voit à peine les étoiles. En vérité, je suis très calculatrice. Attendre Shôji si longtemps, sans espérer quoi que ce soit en retour... Je n'étais plus pure à ce point. Mais j'ai fait semblant de l'être. Parce que je ne voulais pas que Nana me déteste.
    Je n'ai pas pu être adulte. Au point de pardonner la trahison. Et je n'ai pas pu non plus être passionnée. Au point de m'accrocher malgré ma blessure. J'ai perdu.
    Le lendemain, telle une malade. Incapable de me lever, je suis restée alitée toute la journée. Pour ne penser à rien. Alors que j'avais envie de me changer les idées. Je ne trouvais pas la force de faire quoi que ce soit. Et je n'ai eu de cesse de rêver de Shôji.
    Quand j'y repense. À cette époque, j'étais comme totalement abandonnée par la chance. Par conséquent, je ne pouvais pas être aussi chanceuse aux jeux. C'était donc sans doute des tickets qu'un dieu avait préparés pour toi, Nana...

    Chapitre 10 - Narrateur : Nana Komatsu

    À l'époque. Je n'étais même pas capable d'aimer quelqu'un correctement. Et pourtant, je mourrais d'envie d'être aimée.
    Bien ancrée dans le sol sur tes deux pieds. Debout, de toutes tes forces. Tu disais que tu restais seule, abandonnée. Toutes tes chansons portaient sur ce thème.
    À ce moment là. J'ai cru que tu allais entrer dans une grande colère. Mais tu as fait une tête d'enfant qui vient de se faire gronder. À chaque fois que j'y repense, mon coeur se serre. Si à cette époque j'avais été un peu plus mature et que je m'étais rendu compte de ta faiblesse, Nana, est-ce que nous aurions eu un autre futur que celui que nous avons connu ?

    Chapitre 11 - Narrateur : Nana Komatsu

    Ce soir-là, Nana est sortie sans un mot, en tenant Misato par la main. Et elle n'est pas revenue avant le lendemain matin.
    Il restait deux semaines jusqu'au concert. J'étais constamment à fleur de peau, de peur que Nana ne change d'avis. Quant à mon imagination, elle s'emballait...
    Le matin du concert. Tu t'es comportée exactement comme d'habitude. Tu te tenais assise près de cette fenêtre, tu te souviens ? Mais il y avait une odeur différente dans la pièce. Le parfum des cigaretts que j'avais confisquées à Shin. Le parfum des Black Stone que tu m'avais dit tant détester.

    Chapitre 12 - Narrateur : Nana Komatsu

    Je me suis trouvée stupide de ne pas l'avoir remarqué plus tôt. Que Nana et Ren se ressemblaient. Tant sur le plan du nombre de leurs piercings que leur façon de parler. J'ai ressenti le poids de leur histoire.
    À ce moment là. J'ai ressenti une émotion telle que j'en ai eu le souffle coupé. Je serai bien incapable de l'exprimer par des mots. Que l'avenir qui attend Nana après ce concert... Soit rempli de bonheur ! Cette nuit-là, je n'ai pas cessé de faire cette prière.
    Cette main qui était dans la mienne sans que je me sois rendu compte de rien. En réalité... J'aurais aimé continuer à la serrer pour toujours.


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  • Chapitre 13 - Narrateur : Nana Komatsu

    À l'époque, Trapnest entamait sa troisième année d'existence. Au total, leurs singles et albums s'étaient vendus à plus d'un million d'exemplaires. L'étendue du registre musical et la voix de la chanteuse Reira, peu commun pour une chanteuse japonaise, sortaient du lot. Et c'était Ren qui avait composé la plupart des morceaux.
    Ce jour-là, du début à la fin de ce concert de deux heures, on aurait dit que j'assistais à un spectacle solo de Ren. Je le suivais du regard, sans relâche. Et pour qu'il remarque la présence de Nana. Je n'ai eu de cesse de lui envoyer des ondes télépathiques. J'ai eu parfois. L'impression que Ren regardait dans notre direction. Mais aussitôt. Ses yeux se dirigaient vers un tout autre point.
    Deux morceaux pour le rappel. Ren n'a pas regardé une seule fois vers nous. J'avais l'impression de venir de m'éveiller d'un rêve. J'étais de sombre humeur, comme si on venait de me faire comprendre. Que ren resterait à jamais une super star. Quelqu'un qu'il est impossible d'atteindre.
    À cette époque, je me disais. Que je ne voulais plus jamais tomber amoureuse. Mais cette nuit-là, tout en priant pour ton bonheur, Nana. J'ai pensé que. Malgré toutes les blessures et toute la douleur que ça peut provoquer. Je voulais rêver une nouvelle fois. Et aimer quelqu'un de tout mon coeur.

    Chapitre 14 - Narrateur : Nana Komatsu

    Quitte à retomber amoureuse. J'aimerais que ce soit d'un homme un peu froid. Quelqu'un qui ne prêterait pas constamment attention. À mes caprices de gamine. Mais qui, le lendemain d'une dispute par exemple. M'offrirait une fleur accompagnée d'un mot doux. C'est ce genre d'homme qu'il me faut.
    Cette nuit-là, j'ai fait un rêve. Je ne me souviens plus de ce qu'il s'y passait. Mais c'était un rêve dans lequel j'étais enveloppée d'une douce sensation de bonheur. Lorsque je me suis réveillée, il était midi passé. Et Nana était là, endormie à côté de moi.
    À partir cette nuit-là... Nana s'est même mise à faire des abdominaux. Alors moi aussi, j'ai essayé de m'y mettre.
    Dis, Nana. Si mes larmes sont sorties spontanément à ce moment-là. C'est parce que j'ai tout de suite compris. Que ce qui m'arrivait, comme dans un rêve, était la récompense que tu m'avais préparée. J'ai ressenti ton amitié bien plus fort que si tu m'avais remerciée un million de fois. C'est ça, qui m'a fait plaisir et m'a émue.

    Chapitre 15 - Narrateur : Nana Komatsu

    Ce jour-là, la seule conversation que j'ai eue avec Takumi. A porté sur les tomates de chez Jun. Mais j'étais heureuse et rassasiée. Malgré tout, pourquoi... Le désir humain est-il si insatiable ?
    C'était l'été de mes vingt ans... Moi qui était vide. Je m'obstinais à ne pouvoir me remplir. Qu'en tombant amoureuse.
    À l'époque, à mes yeux, dans ce monde qui t'entourait, Nana. Tout était si étincelant que j'en étais éblouie. Ca ne veut pas dire que n'importe qui m'aurait convenu... Je voulais juste me tenir dans la même lumière que toi.

    Chapitre 16 - Narrateur : Nana Komatsu

    Quand j'étais petite, par exemple. Je pensais qu'une mère naissait mère. Qu'une institutrice avait toujours été institutrice, ou qu'un gendarme ne pouvait avoir été autre chose que gendarme. De même, une célébrité reste une célébrité. Et j'ai toujours eu le sentiment que c'était un être différent de moi. Bien qu'ayant maintenant vingt ans, je...
    Les cheveux de Takumi étaient si longs qu'ils pleuvaient sur moi. Baignant tout mon corps de caresses... J'ai fait le voeu qu'il les garde toujours aussi longs. Même si je savais que je ne pourrais peut-être jamais plus les toucher.
    Ce jour-là. En répondant à des annonces que j'avais trouvées dans un magazine d'offres d'emploi, j'ai eu un entretien d'embauche pour être secrétaire d'un cabinet dentaire, un autre pour être caissière dans un supermarché. Et encore un pour être réceptionniste dans une pieeria mais partout, j'ai été refusée.
    En ce qui concerne Takumi... Je n'arrivais vraiment pas à en parler à Nana. Je ne pouvais même pas dire à Junko que j'avais trouvé quelqu'un. Je ne pouvais me confier à personne. C'était la première fois que je vivais ce genre d'histoire d'amour. Et ça me faisait mal.
    Pendant la tournée, j'ai pris mon courage à deux mains et ai envoyé un seul mail, pas très long, à Takumi. Mais il ne m'a pas répondu.
    Dis, Nana. Je t'ai toujours beaucoup admirée. J'avais envie de devenir comme toi. J'ai toujours vécu avec cette pensée. Alors je t'en prie. Chante de nouveau...


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